Treaty between the King of Spain and the Catholic Princes of France

Concluded at Joinville - January 16, 1585

(in French)


Traicte faict avec le Roy d'Espagne l'an 1585 par Messieurs les Cardinal de Bourbon et Ducz de Guise et du Mayne en Janvier, 1585 a Janville. Le dict traicte depuis fut renouvelle par le dict sieur Duc de Guise le deuxiesme Septembre, mil Ve quatre vingtz cinq, a Rheims.

Au nom de Dieu le Createur, A tous ceux qui ces presentes lettres verront, soit notoire commme ainsy soict qu'il ny aict en ce monde rien que oblige daventaige, ny en quoy les rois, princes, et tous Chrestiens soient plus tenuz, qu'a ce qui est du service de Dieu, tuition, deffence, conversation de sa saincte loy; et que les seectes et heresies de long temps dispersees par la Chrestiente ayent pris tel accroissement que grande partee dicelle sen trouve gastee et infectee, voires sy avant qu'en plusieurs contrees grandes et notables lon est venu jusques a la, que de banir la religion catolique, appostolicque, et Romaine, en faisent tout l'effort possible pour l'extirper et ruyner de fond et comble, et que les chefz et ministres des dictes sectes et heresie ne veillent, jour et nuict, par tous les subtilz convertz et publicquz moiens quilz peuvent, que a corrompre et gaster de mesme ce quelle a encores, graces a Dieu, dentier et net, et que au lieu qu'entre les princes Chrestiens, les sectaires et hereticques debvroient estre traictez et tenuz comme commungs ennemiz; ce neantmoings du coste de la France et d'aulcuns Francoys ilz ayent este tellement supportez, favorisez, et entretenuz au Pais Bas, qu'ilz nauroient peu estre chastiez, puniz, et reduictz, comme il appartient par tres hault, tres excellent, et tres puissant prince, le Roy Catolicque, leur souverain.

Ce que les soubzscritz catolicques de la dicte France disent avoir este faict en icelle seullement par le mauvais conseil et persuasion de certaines personnes, plus soigneux de leur proffict particullier que de l'honneur de Dieu, du service de leur roy, et du bien de leur patrie; et qu'en cecy lon y continue encores a present plus que jamais par negotiations, promesses, exortations, pour les rendre tousjours plus obstinez et endurciz en leurs pernitieuses intentions, mesmes que au dedans de la France les catolicques se plaignent de veoir l'impunite du blaspheme, quilz appellent liberte de conscience, permise entreux, et daultre part, les villes, les forteresses, leurs maisons, et leurs familles, voires les peuples entiers, estre livrez et habandonnez au bon plaisir et domination des hereticques. En quoy, oultre ce que lestat de la dicte France se dissippe par ce moien, encores sont ce aultant d'arcenacqs et magasins dressez pour les hereticques affin d'endommager plus aysement les Catolicques, et sestant faict plusieurs et diverses plainctes sur ce paticulier a tres hault, tres excellent, et tres puissant prince, le Roy Tres Chrestien, leur souverain, tant aux assemblies des estatz generaulx et particulliers que par les tres humbles requestes, supplications, et remonstrances faictes par plusieurs princes et aultres gens de quallite, lesquelles n'auroient peu obtenir aucune consideration par les artifices de personnes trop soigneuses de leur proffict, comme dicte est, et sur le poinct du plus grand denger. que dupuis la mort de feu tres excellent prince, monsieur le Duc d'Alencon, le prince du sang, qui de tout temps et encores a present est chef de hereticques, se pretendant attribuer le premier degre en la succession de la couronne de France, a par nouveau serment jure et confirme la protection des dictes hereticques, non obstant ce peril si present, luy ont este accordees nouvelles investitures pour plusieurs annees des villes quil possede, contre toute raison, comme si de propos delibere, lon le voulloict conduire ainsy ennemy de la foy quil est a la succession de ceste couronne de France, advenant le deceds sans hoirs masles du Roy Tres Crestien, qui seroict preparer de longue main lentiere ruyne de leglise de Dieu.

Et combien quil soict en sa divine main de donner enffens audict sieur Roy Tres Chrestien, quant il luy plaira, si estre quil est moings possible quil puisse deceder sans iceux, et pour lors il seroict trop tard de penser aux remedes des certains dangers que le present estat des affaires menassent, non seullement a la France, mais generallement a toutte la Chrestiente, dont lon sapperceoit maintenant a veue doeil.

Pour ces cau[s]es, nous Philippes, par la grace de Dieu deuxiesme de ce nom, roy de Castille, de Leon, d'Aragon, Portugal, de Navarre, de Naples, de Seecille, de Jhierusalem, de Majorque, de Sardaigne, des Isles, Indes, et terre ferme de la mer occeane, archiduc d'Autreiche, duc de Bourgongne, de Lottier, de Braban, de Lambourg, de Luxembourg, Gueldres, et de Milan, conte de Hasbourg, de Flandres, d'Artois, de Bourgongne, palatin de Haynault, de Holande, et de Zelande, de Namur, et de Zutphun, prince de Zvuanem, marquis du Sainct Empire, seigneur de Frise, de Sallins, de Malignes, des citez, villes, et pais dutrecq, doverissel, et de Groayningin, et dominateur en Asie et Africque, desirans en tant qu'a nous est subvenir au grand et pressant d'enger de la religion catolicque, et nous, Charles, Cardinal de Bourbon, premier prince du sang de France, legat du Sainct Siege appostolicque au conte d'Avignon, primat de Normandie, archevesque de Rohan, etc. considerans lestroicte obligation que nous avons premierement a Dieu et apres a ce royaume, comme premier prince du sang et legitime heritier de la couronne de France, de prevenir et nous opposer au danger de la religion et a levidante et prochaine ruine de la couronne;

Lois, cardinal de Guise, archevesque et duc de Reims, premier pair de France;

Henry de Lorraine, duc de Guise et de Chevreuse, souverain de Chasteau-regnault et des terres d'oultre et decza le Meuse qui en deppendent, prince de Joinville, comte deu, baron de Lamberg, Orgon, et Esgallieres, pair et grand maistre de France, gouverneur et lieutenant general pour le Roy Tres Chrestien en ses pais de Champaigne et Brie;

Charles de Lorraine, duc de Maynne, pair et grand chambellan de France, gouverneur et lieutenant general pour Sa Majeste Tres Chrestienne en ses pais et duche de Bourgongne;

Charles de Lorraine, duc d'Aumalle, pair et grand veneur de France;

Charles de Lorraine, duc delbeuf, aussy pair de France, resentans le debvoir qui nous oblige a la religion catolicque, estans princes Chrestiens et ne pouvans defaillir aux pais de nostre naissance, comme membres principaulx dicelluy, en ung besoing si grand et remerquable et ou il est question de l'honneur de Dieu, de la conservation de son eglise et salut de son peuple, apres que noz susdictes supplications et remonstrances, tant de fois reyterees, nont peu rien obtenir; tous unanimement, poussez d'entier zelle de sa gloire et honneur, et invocans pour la bonne issue de ceste entreprise l'intercession de la sacree Vierge mere et de tous les sainctz, avons par ensemble traicte, conclud, et arreste, traictons, concluons, et arrestons par ces presentes confederation, union, et ligue, offencive et deffencive, perpetuelle et a tousjours, pour nous et noz hoirs, pour la seulle tuition, deffence et conservation de la religion Catolicque, apostolicque et Romaine, restauration dicelle, et pour lentiere extirpation de touttes sectes et heresies de la France et des Pais Bas, et ces aux charges et conditions qui sensuyvent:

( .... )

Renoncera1 le dict sieur Cardinal de Bourbon ou ses successeurs, comme font aussy lesdicts princes catolicques, entierement aux ligues et confederations que la couronne de France a de present avec le Ture, et ne pourront doresnavant en dresser daultres, ou avoir avec icelluy Turc ou ses successeurs aucune corespondance qui puisse tant soict peu prejudicier a la Chrestiente, non plus que ne fera Sa Majeste Catolicque.

Cesseront incontinant touttes pirateries, escumeries de mer, et touttes aultres navigations illicites vers les Indes et Isles comprises soubz icelle apartenans a Sa Majeste Catolicque, sans quelles puissent estre permises de la en avant.

Ce traicte fut faict, clos, conclud, et arreste, au chasteau de Joinville, au nom et de la part Sa Majeste Catolicque, par le sieus Jehan Baptiste de Tassis, chevallier et commandeur de Bien venida, de lordre de Monseigneur Sainct Jacques, conseiller du conseil de guerre et vedor general du camp et armee de Sadicte Majeste Catolicque au Pais Bas, a ce speciallement commis et depute par icelle et assiste de frere Jehan Moreo, chevallier et commandeur dalfosses de lordre de St. Jehan de Jhierusalem, y envoye a cest effect de par Sadicte Majeste Catolicque, Francoys de Roncherolles, sieur de Mayneville et Hengueville, premier baron de Normandie, conseiller nay en la coeur de parlement dudict pais, cappitaine de cinquante hommes darmes soubz la charge de Monsieur le Conte de Soissons, a ce commis et deputte speciallement par le dict sieur Cardinal de Bourbon. Les susdicts Ducz de Guise et de Mayenne, en propres personnes et au nom et de la part desdicts sieurs Cardinal de Guise, Ducz daumalle et delbeuf, le dernier jour de decembre, l'an 1584.

Jo. Ba[u]t[is]ta DE TASSIS.
FRANCOIS DE ROCHEROLLES.
HENRY DE LORRAINE.
CHARLES DE LORRAINE, Duc de Maine.

Cest escript de la main de Monsieur de Guise. tant en nostre nom que nous faisans fortz de Messieurs les Cardinal de Guise et Ducz daumalle et delbeuf. Nota. Ilz ont laisse espace entre la signature de Monsieur daumalle et la leur pour y mectre 2 signatures, et encores place au bas diceux pour y en mectre 4 ou 5.

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1. Renuntiabunt prorsus dictus D. Cardinalis aut ejus successor atque etiam principes foederati amicitis foederibusque initis atque contractis cum Turca, neque posthac poterunt cum eo ejusque successoribus inire alia foedera aut commercia in praejudicium vel tantillum religionis Christianae, quod similiter se facturum spondet Rex Catholicus. Cessabunt statim omnia latrocinia, pyratica, maritimaeque rapinae, omnesque aliae navigationes illicitae, Indiam Insulasque versus sub ea comprehensas quae sunt dominii Regis Catholici, quae navigationes posthac non sunt permittendae.

- Latin text from de Tassis, Commentariorum - Lib. VIII


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